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La matière comme langage

Mon travail cherche à révéler la beauté discrète de la matière et du vivant. Inspiré par les formes, les traces et les phénomènes du monde naturel, je m’intéresse à ce qui se révèle rarement au premier regard : un veinage, une texture, une fissure, un accident.

Révéler plutôt qu’ajouter

Je cherche moins à transformer la matière qu’à révéler ce qu’elle contient déjà. Un veinage devient une ligne, une fissure un paysage, une irrégularité un motif. Le décor intervient alors comme un révélateur : il souligne, accompagne et met en lumière ce qui pourrait rester invisible.


Le bois comme point de départ

L’ébénisterie constitue le socle de ma pratique. Placage, frisage, travail du massif, assemblages traditionnels et travail des bois précieux et locaux me permettent de construire les pièces avec la rigueur héritée des arts décoratifs.

L'ébénisterie est pour moi un médium. Je l’utilise pour explorer la matière, sa perception et les relations qu’elle peut entretenir avec d’autres matériaux.


Bois massif

Matière et vivant

Mon travail se nourrit de l’observation du monde naturel : ramifications végétales, formations minérales, champignons, strates ou traces laissées par le temps deviennent autant de points de départ.

Je ne cherche pas à reproduire ces formes, mais à en observer les rythmes, les lignes et les phénomènes pour les traduire dans mes pièces. Cette attention au vivant participe à une volonté plus large : ralentir le regard et retrouver une forme d’émerveillement devant des détails ordinaires.

Le damasquinage : dessiner avec la matière

Une partie de ma recherche s’inspire du damasquinage, une technique décorative ancienne fondée sur l’incrustation de fils d’or ou d’argent dans le métal. J’en transpose le principe au bois et au placage en incrustant des fils de laiton plaqué or ou argent directement dans le veinage.

Le fil suit les mouvements naturels du bois, accompagne une ligne, souligne une tension ou ponctue un rythme déjà présent. Il ne cherche pas à imposer un décor, mais à révéler celui que la matière porte déjà en elle.

Cette volonté de révélation se retrouve également dans mon travail de l’étain. Par l’impression et le moulage, je capture les reliefs du bois, de la pierre et d’autres surfaces naturelles. Les stries, irrégularités et accidents deviennent alors des motifs, transformant des détails ordinaires en paysages de matière.

L’or, l’argent et l’étain interviennent ainsi comme des révélateurs. Ils soulignent une texture, accompagnent un mouvement ou font apparaître un détail sous la lumière, sans chercher à effacer le caractère propre du matériau.


Déclinaison du damasquinage

Fil de laiton plaqué or incrusté dans du placage d'érable

Entre héritage et expérimentation

Mon travail s’inscrit dans la continuité des savoir-faire de l’ébénisterie et des arts décoratifs, tout en cherchant à les déplacer vers un langage personnel et contemporain.

Les techniques traditionnelles ne sont pas une fin en soi. Elles constituent un vocabulaire que j’expérimente et confronte à des matières, des formes et des phénomènes observés dans le vivant.

Construire, révéler, expérimenter : faire de la matière un langage.